Poésie
UNE CHAMBRE
Le souffle bleuté du ciel rend compte de la suspecte chambre. Les vieux souvenirs traversent le fond vitreux du miroir crevé. L’horloge dispose des écarts du temps. Rien ne s’oppose aux ponctuelles facéties de la nuit. Je ne parais plus insensé aux ombres sournoises qui fixent les incohérences de l’horizon. Le désordre des livres dans la bibliothèque apparaît comme un jeu de massacre. Une page de n’importe lequel suffit à résumer la tragédie de chaque être.
L’ENIGME DU VOYAGEUR
A Catherine Pacitto
L’exemplarité nocturne de ton visage m’assure la distance merveilleuse des chronologiques lumières païennes.
Ton absence est une inépuisable rencontre qui anticipe tous les hasards.
Quand dernier voyageur je t’apporterai l’offrande de mes pérégrinations il sera vain de préférer à ma folie les dédales d’une demeure princière.
J’aurai défié aux mots le sens.
MESSAGE PAR LA FENETRE
La fenêtre s’ouvre
La violence du vent courbature le ciel fiévreux
Un arbre soudain bascule dans la pièce
La rudesse de sa chute
Eclate en mille morceaux
Le carrelage ciré
-Un instant miroir du soleil-
Le pincement d’air de ton souffle
Surprend la floraison craintive de l’horizon.
PRECIPITATION
Le ciel se décale
La nuit n’avance plus dans le ciel
L’horizon recouvre le socle mutin des chemins
La lune s’enroule dans son cerceau de lumière
Le vent fait frissonner les pointes effarées des arbres
Les fantômes balancent leurs bras immenses
pour attraper la nuit
Je suis l’homme des songes.
LETTRES ENFANTINES
Parce qu’à son nom
J’avais ajouté des lettres enfantines
Jamais elle n’a grandi.
NUITS ET MIROIRS
Il pleut sur les miroirs
A peine s’y reconnaît-on
Quelques pas encore et l’on rejoint la nuit
-Son ailleurs indéchiffrable
Quelques pas encore dans la nuit où je m’arrête souvent
Les miroirs sont des ruines que les visages consolent.
INTERROGATION
La nuit enfle mon angoisse.
J’entends une voix qui traverse des sillons invisibles.
D’où me vient que j’existe ?
AFRICAINE
Le collier que tu portes sous la lumière ensommeillée du jour
allonge ton cou et sied à ta pose africaine
et à ton silence de jeune énamourée de tous ses rêves.