Romans

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TRYPTIQUE, roman

La lumière des réverbères trace une longue file blanchâtre sans atteindre l’église. Morig lève les yeux. Il voit une masse sombre effilée sur la hauteur où l’on devine une croix. La foule concentrée sur les trottoirs marche d’un pas énergique. Il passe devant la bouche de métro. Contrairement à son habitude, il poursuit son chemin. Des collègues l’empruntent avec hâte. Il répond au salut de l’un d’entre eux. Sur le boulevard, Morig s’arrête pour regarder une affiche qui montre une jeune femme souriante, couverte d’un bonnet de laine. Il lui sourit. Derrière lui, la voix grave d’un vieil homme, le fait sursauter.

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PERDU, recueil de nouvelles

Le ciel tourne au gris moiré. La pluie ne devrait pas tarder. Inutile de courir, je suis perdu. Je reconnais bien le square, ses jeux colorés, son bac à sable avec ses traces de pas. Ses tilleuls majestueux à l’écorce fissurée. J’ai souvent choisi leur ombre pour y lire. Les enfants criards ressemblent à ceux que je vois d’habitude. Ce sont sûrement les mêmes. Ils mettent autant de hargne à se chamailler. Quelques femmes aussi me sont familières, celle par exemple avec son pull noir. Il y a aussi les lecteurs, assis sur les bancs près des réverbères. En particulier la femme qui annote des passages. Je n’ai jamais réussi à voir la couleur de ses yeux. J’ai beau reconnaître ce petit monde, il n’empêche, que je me suis perdu.

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JAMAIS FAIT, recueil de nouvelles

Toujours cette insistance obstinée de Pierre Faron de vouloir sortir quand arrive minuit. D’envoyer balader l’odieuse solitude, de la faire rejoindre une de ces cinq mille étoiles visibles à l’œil nu et faire qu’elle lâche du leste au fond de son crâne. En attendant, il vient de boire son dernier demi, au bar de la Mandoline sur la place Faidherbe Chaligny. En fait d’étoiles il vient de voir la lune glisser comme une savonnette entre les immeubles de la rue de Montreuil. 

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LA DESCENTE, recueil de nouvelles

Dans le village où je suis né, il y avait deux pentes. La première s’achevait sur une plage ombragée. Je l’empruntais pour lire sous les pins et à partir du printemps, j’allais m’y baigner. J’aimais y aller à vélo pour sentir le vent tiède sur mon visage.

L’autre était étroite et vertigineuse. Certains affirmaient qu’elle était suspendue dans le vide et conduisait à un ravin. Des gens s’y seraient perdus, sans qu’on ne les retrouve. On racontait que le vent froid d’hiver ployait les branches des arbres jusqu’au sol.

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NUAGE NOIR, recueil de nouvelles

La nuit vient d’arriver. Je n’ai pas bougé de la journée. Pas la moindre idée du temps qu’il a fait et comment il a bien pu passer. Un gros nuage noir est resté fixé devant le soleil la journée durant. Le temps s’est écoulé dans une même lumière sombre. Comme une masse qui se serait abattu sur moi, je suis resté abruti, incapable de rien. J’ai eu la certitude d’une seule pensée : tu n’es pas dans la bonne direction et tu t’obstines. Tu veux voir le soleil mais une ombre sans cesse t’en empêche.